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Quelle agriculture pour une alimentation saine et durable ?

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Date
28 septembre 2017 à 20:30

Lieu
Espace Vasarely

Cycle
Hors Cycle 2017-18

Intervenant
Marc Dufumier, Agronome, Professeur émérite à AgroParisTech, Expert consultant auprès des Nations Unies et de la Banque Mondiale


Enseignant-chercheur français à la chaire d’agriculture comparée et de développement agricole à AgroParisTech, Marc Dufumier l’a dirigée de 2002 à sa retraite en 2011. Il a été impliqué dans la formulation, la mise en oeuvre et l’évaluation de nombreux projets et programmes de développement agricole, en France comme à l’étranger, notamment dans les pays du Sud (tiers-monde).
Il a publié une dizaine d’ouvrages entre 1986 et 2014, portant sur les questions liées à l’agriculture notamment biologique, les politiques agraires, l’alimentation et la nutrition.
Parmi ses engagements, Il est président de la nouvelle association pour la Fondation René-Dumont.

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Nourrir correctement et durablement l’humanité toute entière

Nous sommes près de 7,4 milliards d’humains dans le monde et nous serons probablement plus de 9,5 milliards d’habitants en 2050. L’émergence de nouvelles classes moyennes dans quelques pays émergents d’Asie et d’Amérique latine (Chine, Inde, Brésil, etc.) et la hausse de leur pouvoir d’achat se manifestent par de profondes transformations dans les modes de consommation alimentaire avec une consommation croissante de produits animaux (œufs, lait et viandes). Il est donc à prévoir une augmentation encore plus rapide de la demande en produits végétaux, puisque 3 à 10 calories végétales sont nécessaires pour produire une calorie animale. Il nous faut donc envisager un doublement en 40 ans des productions alimentaires végétales pour espérer satisfaire cette demande croissante en aliments divers, tout en ayant soin de ne pas sacrifier la “fertilité” des écosystèmes cultivés et pâturés, au nom de la satisfaction des besoins immédiats.

Cependant, de nombreux processus en cours menacent la sécurité alimentaire sur les moyen et long termes. L’élargissement inconsidéré des surfaces cultivées ou pâturées dans le Sud entraîne des processus de déforestation et de perte de biodiversité. Les irrigations mal conduites contribuent à la raréfaction des ressources en eaux de surface et souterraines et l’emploi abusif d’engrais chimiques et de produits phytosanitaires qui augmentent la pollution des aliments, de l’air, des eaux et des sols. En outre, le recours inconsidéré aux énergies fossiles (produits pétroliers et gaz naturel) pour le fonctionnement des équipements motorisés ainsi que pour la fabrication des engrais azotés de synthèse s’avère être un danger pour l’environnement. Les émissions croissantes de gaz à effet de serre (gaz carbonique produit par la combustion des carburants et méthane issu de la rumination de nombreux herbivores) et l’érosion, le compactage et la salinisation de sols dont le travail et l’irrigation ne seraient pas maîtrisés présentent un autre risque pour les écosystèmes. Enfin, la prolifération intempestive d’éventuels prédateurs, agents pathogènes et espèces envahissantes, sont nuisibles aux plantes cultivées et aux troupeaux domestiques.

Il existe fort heureusement des techniques agricoles inspirées de l’agro-écologie permettant d’ores et déjà d’accroître sensiblement les rendements à l’hectare, sans recours excessif aux énergies fossiles et aux produits phytosanitaires ; elles consistent en premier lieu à associer simultanément dans un même champ, ou y faire suivre systématiquement, diverses espèces et variétés aux physiologies différentes (céréales, tubercules, légumineuses et cucurbitacées), de façon à ce que l’énergie solaire puisse être au mieux interceptée par leur feuillage et transformée en calories alimentaires au moyen de la photosynthèse. Ces associations et rotations de cultures contribuent à recouvrir très largement les terrains cultivés, pendant une durée la plus longue possible, avec pour effet de protéger ceux-ci de l’érosion, de limiter la propagation des agents pathogènes et de minimiser les risques de très mauvais résultats en cas d’accidents climatiques. L’intégration de plantes de l’ordre des légumineuses (haricots, fèves, soja, trèfle, luzerne, etc.) dans ces mêmes associations et rotations culturales permet de fixer l’azote de l’air pour la synthèse des protéines et la fertilisation des sols.

Mais les obstacles à l’élévation durable des rendements agricoles, sans recours excessif aux énergies fossiles et aux produits pesticides, ne sont pas tant d’ordre technique que de nature socio-économique. Ils résultent en premier lieu des conditions inégales dans laquelle se manifeste la concurrence entre producteurs sur les marchés mondiaux des produits agricoles et alimentaires. Ils consistent aussi en des structures agraires injustes, des législations foncières inadéquates, un accès limité aux crédits, et des conditions iniques imposées généralement par les entreprises situées en amont ou en aval.

 

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